PHILO-ANALYSIS POUR UNE SOCIOLOGIE DE LA PHILOSOPHIE

Site mis à jour le : 11/03/2008

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DOSSIER :
Origines de la philosophie : à propos du travail de distinction entre sophiste et philosophe.
Djhaidgh : Notes de lecture sur le Gorgias de Platon Djhaidgh : Notes de lecture sur le Protagoras de Platon
Djhaidgh : Présentation des Socratiques

 

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Nouveau : Présentation des Socratiques en libre accès.
Nouveau
: mon vieux mémoire de maîtrise sur les anthropologies de Diderot et Rousseau

 

Nouvelle version : Lois contre la philosophie : modification : vers 170 av JC : Les philosophes sont expulsés du royaume Séleucide par Antiochos IV Epiphane ; -323, exil d'Aristote ; -319 : Procès de Théophraste pour impiété ;
-308 : Bannissement du philosophe Stilpon de Mégare. -307 : Loi mettant l'enseignement de la philosophie sous le contrôle de l'Etat à Athènes.

 

Découvrez aussi mon site sur le Portugal
Une richesse historique extraordinaire
Pour un petit bout de terre
Perdu aux confins de l’Europe…

 

Présentation : Les buts de ce site

Ce site œuvre pour une claire identification de ce qu’est et représente la philosophie. Au vu de la déconsidération que connaît actuellement la philosophie, vu les difficultés que celle-ci connaît pour trouver sa place réelle parmi les autres formes de connaissance, il me semble aujourd’hui vital d’en préciser la nature. La philosophie ne mérite pas cette place équivoque : c’est oublier l’importance qu’elle a eu dans la formation de la rationalité humaine.
Aussi ai-je décidé de créer ce site afin d’y rassembler divers point de vue concernant ce sujet épineux. Le site n’a pas la prétention de répondre de manière définitive. Il ne vise qu’à permettre une confrontation entre différents points de vue. Vous pourrez y trouver nombre de textes ou commentaires philosophiques, sociologiques, voire épistémologiques. La discussion est ouverte à tous et vous pouvez, si vous le souhaitez, y collaborer vous-même.
Je vous propose donc de parcourir les différentes pages disponibles selon vos préférences. Libre à vous de me faire part de vos remarques ; je les recevrai avec toute l’attention qu’elles méritent. Et si ce site vous a plu, si comme moi vous désirez apporter votre soutien à cette discipline essentielle, peut-être pourriez-vous en faire la promotion sur vos propres pages personnelles ou sur des forums.

 

accéder aux sections :

 

Pour une approche sociologique de la philosophie.

A quoi sert la philosophie ? quel rôle tient-elle dans l’histoire du genre humain ? La philosophie est-elle une discipline morte?
Alors que pour la science, même si elle reste problématique sur nombre de points, les réponses à ce genre de question paraissent aller de soi, tout au moins on en reconnaît facilement l'utilité. La philosophie, elle, s’obstine à cacher ses origines dans les brumes du passé ou de la raison abstraite. Non contente de tenir un discours que souvent seuls des spécialistes semblent pouvoir entendre, elle ne se laisse pas enfermer dans une définition quelconque. Définir la philosophie semble vouloir rester problématique ; les définitions toutes faites de nos professeurs ne tiennent pas la route dès que l’on y réfléchit un peu : l’« amour de la sagesse »? Cela ne semble pas être le point fort d’un Nietzsche ou d’un Machiavel. Une science au-delà de la physique ? une idée née d'un classement arbitraire des textes d'Aristote en plaçant après [Méta-] la physique certains textes [La Métaphysique] traitant du Premier moteur (Dieu ?) et de ce qui ne nous est pas accessible par les sens. Un coup de marteau sur les préjugés et les valeurs morales ? une expression nietzschéenne à la mode ! peut-être pas si faux, mais la science fait beaucoup mieux en la matière, et avec beaucoup moins de grandiloquence !
En fait, la philosophie semble s’ignorer elle-même. Elle ne possède pas sa propre définition. Il est en tout cas remarquable que, dès que la philosophie est questionnée sur son but, son domaine, les difficultés s'accumulent.
Il faut une analyse extérieure, un travail qui désacraliserait ce qui a tendance aujourd'hui à devenir un mythe, une entreprise de démystification de nos conceptions de la philosophie : Un tel travail ne semble pas encore exister. En cherchant désespérément une « étude sociologique du rôle de la philosophie », ou une « étude du rôle historique de la philosophie » ou encore une « analyse sociologique des apports de la philosophie dans l’histoire des idées humaines », on aboutit à rien, néant, nom de domaine inconnu. Il n'existe pas de travail d'ensemble qui ferait la synthèse de divers études sur ce sujet ; D'ailleurs il existe très peu d'études particulières sur le sujet ! Louis Pinto, [sociologue et philosophe à la fois, directeur de recherche au CNRS] proche de Bourdieu, a le mérite d'être l'un des rares sociologues à s'être penché sur le problème et y avoir consacré quelques précieux articles. On peut citer aussi C. Soulié, également proche de Bourdieu. Et pourtant, nous lisons de la philosophie, nous en saupoudrons nos conversations mondaines, nous en entendons à droite à gauche, sans savoir ce que c’est, de quoi il en retourne précisément (autant qu'on pourrait le faire d'une science particulière)… Une telle étude nous permettrait peut-être de ramener les combats célestes des philosophes sur la terre ferme des études concrètes. Mais, d’une part je n’en ai pas la culture, et surtout, il nous faudrait pour cela assimiler des méthodes scientifiques et sociologiques, auxquelles le cursus universitaire classique de philosophie ne nous prépare pas, et nous en éloigne même !

C’est la raison d'être de ce site. Il n’a pas l’ambition de trancher la question. D’ailleurs il est évident qu’une telle question ne saurait être traitée en une ligne ni même en un seul ouvrage. De même qu’il serait absurde de répondre à la question « qu’est-ce que l’histoire » par un banal : c’est le progrès du genre humain, de même aucune réponse universelle et définitive ne saurait être donnée comme définition de la philosophie. Le problème verra des éléments de réponse dans une multitude d’études sur des cas concrets et historiques. Un exemple en a été donné par l’ouvrage de François Châtelet écrit dans les années 60 « Platon » où l’auteur tente, par l’étude du ‘fondateur’, d’approcher ce qu’est la philosophie en replaçant l’homme et ses idées dans leur contexte historique. Cet ouvrage pèche cependant un peu par sa façon de séparer toujours un peu trop histoire et idées ; le contexte historique est étudié dans le chapitre 1, les idées de Platon dans les chapitres suivants..
Aussi ce site tente simplement de regrouper des textes et des études portant sur ce sujet. Un maximum de livres et d’essai y seront analysés. Les études sociologiques y ont leur place privilégiée, mais on trouvera aussi des essais de philosophes tentant de préciser la nature de la philosophie ; Les plus sérieux seront retenus, mais quelques exemples moins sérieux viendront montrer comment l'idéologie qui soutend les discours des philosophes vient occulter le problème. Tout apport extérieur qui pourrait accroître la richesse de ce site sera naturellement la bienvenue. (publication sur le site environ une semaine après envoi) Il s’adresse ainsi à ceux qui, par honnêteté intellectuelle, reconnaissent aussi que la définition de la philosophie est problématique, que son rôle n’est pas si évident, etc. A ceux qui cherchent encore et toujours, et qui ne se laissent pas compter par le premier argument venu. A ceux pour qui la philosophie semble d’une vanité extraordinaire mais pourtant vise parfois juste. A ceux qui ont un certain respect pour la culture, les idées et ceux qui les ont défendues, et qui se désolent aujourd'hui à les voir souvent réduites à de simples joutes verbales scolaires et vaines.

 

Les textes qui ont inspirés ce site sont :

Soulié C. : « Anatomie du goût philosophique » in Actes de la recherche en sciences sociales n° 109 (1995)

F. Châtelet : La philosophie des professeurs (1972)

Paul Nizan : Les chiens de garde (1932)

L. Althusser : Transformation de la philosophie (1976)

 

Voici quelques textes critiques que vous pourrez retrouver dans les différentes sections :

Desanti : La réception de la sociologie dans deux publics étudiants en formation

La réception de la sociologie chez les apprentis philosophes doit être comprise, du moins en partie, à l’aune de la posture épistémique particulière que tend à leur transmettre les enseignants de leur discipline. Certaines études nous rappellent que le sens de la hauteur, le discours de l’importance, l’ambition traditionnellement totalisante de la philosophie reste encore au principe de son expression dans l’univers scolaire. En reprenant les propos de Durkheim sur l’enseignement de la philosophie en France, Louis Pinto insiste sur la pérennité des dispositions invariantes attachées à cette discipline : culte du brillant et de l’originalité, formalisme métaphysique, tendance au mysticisme, goût pour ce qui est a priori indépendant de l’expérience.

L. Althusser : Transformation de la philosophie (1976)

Dans la Thèse n°1 sur Feuerbach, il existe une information capitale donnée par Marx : le défaut majeur de tout matérialisme jusqu’ici a été l’oubli systématique de l’activité pratique. On ne doit pas interpréter cela comme une nouvelle philosophie de la praxis. Marx fait allusion à « une réalité qui possède cette particularité d’être à la fois présupposée par tous les discours philosophiques traditionnels, et d’en être par nature exclue en personne. » « Cette irruption de la pratique dans la tradition philosophique […] constitue dans le principe une critique radicale de la forme d’existence classique de la philosophie. »Or, l’irruption de la pratique, c’est la dénonciation de cette prétention de la philosophie d’embrasser le Tout, de n’avoir pas de dehors. Ce dehors, que la philosophie veut se donner l’illusion de soumettre à la vérité, c’est la pratique. La pratique produit non pas la Vérité, mais les vérités.
Chez Marx, la pratique n’est pas un substitut de la Vérité pour une philosophie inébranlable (comme pour toute philosophie de la praxis). La pratique surprend la philosophie sur ses arrières. La philosophie estime « avoir introduit dans le domaine de la pensée la totalité même de tout ce qui existe, même la boue, disait Socrate, même l’esclave disait Aristote, même l’accumulation de la richesse à un pôle et la misère de l’autre disait Hegel. » La philosophie voit tout, pense tout. « De fait, toutes les pratiques sociales sont là dans la philosophie, et la fabrication des souliers et des navires, et l’argent, et le salaire, et la politique et la famille,… » Mais pour réussir à tout regrouper sous la Vérité, la philosophie ne les a pas simplement transporter en respectant leur nature. Elle les a transformés. Et c'est le génie de Marx d'avoir montré comment et pourquoi elle les transforme
.

Bourdieu : Les sciences sociales et la philosophie , in Actes de la recherche en sciences sociales n°47(1983)

L’usage ordinaire des textes du passé suppose et suscite à la fois une « neutralisation » au sens des phénoménologues, une mise entre parenthèses à peine consciente de tout ce qui rattache le texte et son objet à une histoire, à une société, bref une déshistoricisation qui est une véritable déréalisation : la philosophie de l’histoire de la philosophie comme philosophia perennis n’est que la réalisation des présupposés engagés dans la pratique la plus commune du professeur de philosophie comme lector, le commentaire. La lecture, que l’idéologie professionnelle des professeurs et des critiques décrit comme acte de « re-création » prétendant rééditer la « création » elle-même, est le moment décisif de la transformation des productions littéraires ou philosophiques en habitus : la technique pédagogique de l’actualisation – justifiée par le souci de rendre les auteurs et les textes « vivants » et par là « intéressants » - produit l’anachronisme d'un discours qui est à la fois situé et daté et achronique et qui, même lorsqu’il se croit fidèle à la lettre et à l’esprit des pensées qu’il veut simplement reproduire, les transforme, mais de manière toute à fait inconsciente.

Bourdieu : Les sciences sociales et la philosophie , in Actes de la recherche en sciences sociales n°47(1983)

Le sens de la dignité philosophique, qui permet au dernier des philosophes de se sentir en droit de regarder de haut les disciplines empiriques et ceux qui les pratiquent, a aussi sa rançon : l’effet de consécration, qui est associé à l’occupation d’une position dominante, est aussi ce qui interdit de déroger, et de se salir les mains dans les taches inférieures de la pensée, condamnant souvent ces dominants dominés par leur domination à identifier la hauteur théorique au verbalisme vague et péremptoire d’une pensée peu encombrée par la connaissance des choses.

F. Châtelet : La philosophie des professeurs (1972)

Il ne s’agit pas de sauver la philosophie. Elle est morte et il n’y a pas lieu de redonner vie à des figures de musée. Il ne s’agit pas non plus de condamner sans nuance l’activité de milliers d’enseignants. Il importe simplement de démontrer – dans une première approche qui devrait être suivie d’autres, plus scientifiques – les techniques par lesquelles, sous le couvert de l’institution, l’idéologie bourgeoise […] récupère une tradition à son profit et dessine hypocritement une image de l’homme qui – concrètement – la sert et – idéalement – la justifie.

Paul Nizan : Les chiens de garde (1932)

On rencontre cependant tous ces gens, tous ces jeunes gens qui croient que tous les travaux formellement philosophiques amènent un profit à l'espèce humaine, parce qu'on leur a persuadé qu'il en va ainsi de toutes les tâches spirituelles. Avoir de bonnes intentions, c'est d'autre part, et pour parler gros, vouloir précisément ce profit. On a appris à tous ces gens depuis la classe de septième, depuis l'école laïque que la plus haute valeur est l'esprit et qu'il mène le monde depuis l'éloignement de Dieu. À seize ans, qui donc n'a pas ces croyances de séminaristes ? J'eus par exemple ces pensées. Sous prétexte que je lisais tard des livres en comprenant plus facilement qu'un ajusteur n'eût fait le divertissement de Pascal et le règne des Volontés Raisonnables, je ne me prenais pas pour un homme anonyme, je croyais docilement que l'ouvrier dans la rue, le paysan dans sa ferme me devaient de la reconnaissance puisque je me consacrais d'une manière noble, pure et désintéressée à la spécialité du spirituel au profit de l'homme en général, qui comprend, parmi ses espèces, des ouvriers et des fermiers. Mes maîtres faisaient tout pour m'entretenir au sein d'une illusion si agréable pour eux-mêmes.

Sokal et Bricmont : Impostures intellectuelles (1997)

Ces auteurs parlent avec une assurance que leur compétence ne justifie nullement. Lacan se vante d’utiliser « le plus récent développement de la topologie » et Latour se demande s’il n’a pas appris quelque chose à Einstein. Ils pensent sans doute pouvoir utiliser le prestige des sciences exactes pour donner un vernis de rigueur à leur discours. De plus, ils semblent assurés que personne ne remarquera leur usage abusif de conceps sientifiques. Personne ne va s’écrier que le roi est nu.
Notre but est justement de dire que le roi est nu. Nous ne voulons nullement attaquer les sciences humaines ou la philosophie en général ; au contraire, nous pensons que ces domaines sont fort importants et nous voulons mettre en garde ceux qui travaillent dans ces domaines (surotut les jeunes) contre des exemples manifestes de charlatanerie. En particulier nous voulons "déconstruire" la réputation qu’ont ces textes d’être difficiles parce que profonds. Dans bien des cas nous pouvons montrer que s’ils semblent incompréhensibles, c’est pour la bonne raison qu’ils ne veulent rien dire.

Soulié C. : « Anatomie du goût philosophique » in Actes de la recherche en sciences sociales (1995)

La philosophie se présente souvent comme une activité qui est à elle-même sa propre détermination. Ainsi quand on interroge un enseignant ou un étudiant de cette discipline sur son parcours intellectuel, il y a de fortes probabilités pour que celui-ci le décrive comme étant essentiellement déterminés par des raisons d’ordre purement intellectuel.
Notre volonté d’étudier la discipline philosophique d’un point de vue sociologique n’a pas manqué de susciter des réactions, parfois très vives, notamment dans la population dominante de cet univers, c’est-à-dire chez les normaliens agrégés. En raison de leur appartenance disciplinaire, ces derniers ont souvent tendance à se penser comme des professionnels de la lucidité et de la réflexivité, réflexivité dont la philosophie aurait en quelque sorte le monopole, les autres disciplines étant souvent jugées incapables d’opérer un retour réflexif sur les savoirs particuliers ou régionaux qu’elles élaborent.

 

 

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PHILO-ANALYSIS : Site critique pour une sociologie de la philosophie.

 

 

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Site mis en ligne le 09-08-2005